Les sabotages à la SNCF revendiqués en Allemagne
NOUVELOBS.COM | 15.12.2008 | 17:27
Dans un texte intitulé "Parce que nous en avons marre", des anonymes se présentent comme les auteurs des actes de sabotage contre des lignes de chemin de fer en novembre.
"Nous ne sommes pas des terroristes", assure Benjamin Rosoux, l’un des cinq mis en examen dans le cadre de l’enquête sur les sabotages SNCF (Reuters)
Des anonymes ont revendiqué dans une lettre en allemand au quotidien de gauche berlinois Tageszeitung des actes de sabotage contre des lignes de chemin de fer en France et en Allemagne en novembre. Le journal avait décidé de ne pas publier le texte.
"Parce que nous en avons marre, nous avons dirigé aujourd’hui aux aurores notre colère contre les lignes de transport de (déchets) nucléaires", écrivent les auteurs de cette missive reçue mi-novembre par la TAZ, révélée dans le Journal du Dimanche daté du 14 décembre.
Le week-end du 11 novembre, retardé par d’énormes manifestations, un convoi de déchets nucléaires retraités en France avait mis plus de trois jours pour arriver à un centre de stockage du nord de l’Allemagne.
"Avec des incendies criminels et des crochets métalliques, nous avons donné le signal de notre résistance sur les lignes Paris-Strasbourg, Paris-Lille, Paris-Rhône-Alpes, Paris Bourgogne, Ludwigshafen-Mayence (ouest), Kassel-région de la Ruhr (centre et ouest), région de la Ruhr-Hanovre (idem), Brême-Hambourg (nord) et plusieurs lignes des environs de Berlin", poursuit cette lettre.
L’enquête s’internationalise
Ses auteurs signent "En souvenir de Sebastian" (sic), probablement en référence à Sébastien Briat, un jeune militant antinucléaire mort écrasé le 7 novembre 2004 en Lorraine par un train "Castor" chargé de déchets nucléaires allemands à destination de La Hague (ouest de la France). La police française enquête sur des actes de sabotage commis en novembre contre les chemins de fer français, qui ont entraîné de fortes perturbations. Le mode opératoire est d’accrocher un fer à béton dans la caténaire.
Le parquet soupçonne un groupe français anarcho-autonome auto baptisé "cellule invisible" autour de leur chef présumé Julien Coupat, d’être à l’origine de ces dégradations.
Neuf personnes ont été mises en examen, dont deux sont encore en détention, et les sept autres sous contrôle judiciaire. Une source proche de l’enquête a confié au JDD travailler "en relation avec le BKA allemand et la PJ italienne".
Et d’ajouter : " Nous devrions nous rapprocher également très vite des Anglais, des Canadiens, du FBI américains, ainsi que des polices grecques et belges".
JEAN-NOËL CUENOD PARIS | 08.12.2008 | 00:03
Ydlune, c’est le nom d’une étoile de la Petite Ourse. C’est aussi le prénom de la jeune femme qui, avec son ami Julien, a été maintenu mardi dernier en détention provisoire dans l’affaire dite « de Tarnac ».
Tarnac , c’est le nom de ce village corrézien où vit une communauté, présentée par la ministre française de l’Intérieur, Michèle Alliot-Marie, comme faisant partie de « l’ultragauche ». Et qui, selon elle, serait à l’origine des sabotages de voies ferrées qui ont produit des pannes cet automne sur certaines lignes de TGV. Cinq personnes sont inculpées d’acte de terrorisme, dont les deux personnes qui restent détenues.
Le père d’Ydlune, Michel, philosophe et sociologue, se bat pour obtenir la libération des deux derniers prisonniers d’un dossier qui fait de plus en plus polémique en France. Dans un café du XXe arrondissement parisien, il nous dit sa révolte.
– Votre fille, son ami et leurs camarades clament-ils leur innocence ou revendiquent-ils les actes dont on les accuse ?
– Votre question n’a aucun sens ! Les avocats n’ont pas encore reçu le dossier et je n’ai toujours pas pu rendre visite à ma fille. Nous sommes dans le noir le plus complet. Il faudra leur poser cette question. Enfin, lorsqu’ils pourront enfin s’expliquer.
– Vous semblez avancer que cette affaire a été montée de toutes pièces…
– Ecoutez, tout l’indique ! Un jour férié, le 11 novembre, des hommes armés et encagoulés débarquent dans l’appartement parisien que ma compagne et moi partageons avec notre fille. Ils traumatisent tout le voisinage par un déploiement de force guerrier. Quelques minutes après, les porteurs de caméras de télévision sonnent à notre porte. Qui les a avertis ? Et en plus, au moment même où la perquisition se déroule, la ministre de l’Intérieur donne déjà ses conclusions aux médias. Franchement, ne croyez-vous pas que l’on a forgé un tableau ?
– Mais dans quel but ?
– Cette affaire illustre parfaitement ce début de XXIe siècle et la politique de la peur instaurée par le gouvernement Bush, sous le prétexte de lutte contre le terrorisme. Le FBI fournit une sorte de modèle en kit du terroriste-type. Et sur ce canevas, une ministre de l’Intérieur en perte de vitesse est en train de broder ce dossier. Mais qui provoque la peur dans cette affaire ? Certainement pas ma fille et ses camarades. Ce climat de peur qui s’instaure, en France et ailleurs, atteint notre liberté à tous par ce fichage et ce flicage systématique que nous subissons. Alors, oui, je me révolte contre cet état de peur. Et je ne suis pas le seul.
– Parlez-nous d’Ydlune…
– Toute la personnalité de ma fille est tournée vers le monde. Dès l’âge de 2 ans et demi, elle m’a accompagné sur un tournage en Guinée-Bissau. Elle a voyagé au Brésil, au Mexique, partout en Europe. Ydlune a l’esprit curieux. Ce qui l’a conduite à se passionner pour l’archéologie. Dans cette discipline, elle est sortie major de sa promotion. C’est une spécialiste reconnue du chasséen (ndlr : néolithique, période située entre 4300 et 5300 ans av. J.-C.). Tous les soirs, Ydlune regarde les étoiles. Et je vais me battre pour qu’elle les revoie en liberté. Un peu partout, des comités de soutien s’organisent.



